Avis d'expert

Retraite et présidentielle 2017

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Retraite & présidentielle 2017 : Les conséquences des différents scénarios proposés par les candidats

Par Stéphane Hamayon, Docteur en économie, est Directeur de la Recherche économique et financière chez Harvest.

Edito

La retraite est un sujet majeur pour la société, non seulement parce qu’elle concerne tous les citoyens, à qui elle procure un revenu de remplacement après les années d’activité, mais également parce que la maîtrise de l’évolution des régimes de retraite et la préservation de leur équilibre financier constituent un véritable défi pour les décennies à venir.

A l’occasion des élections présidentielles, les candidats envisagent plusieurs pistes de réforme, chacune est révélatrice d’un choix de société car les ajustements qui seront faits définissent le niveau de redistribution de richesses qu’une société est prête à transférer aux générations âgées.

Toutefois, à l’heure où les candidats dévoilent le chiffrage des mesures phares de leur programme avec un degré de précision parfois étonnant, ils semblent faire montre de plus de circonspection sur la question des retraites. L’objectif de cette note est d’explorer les avantages et les limites des différents scénarii de réforme proposés et notamment d’en évaluer le coût.

Introduction

A l’approche des élections, les principaux candidats à la présidentielle comptent réformer les retraites, avec des visions radicalement opposées qui vont de l’augmentation de l’âge légal de départ à 65 ans au retour à la retraite à 60 ans…

Toutefois, à l’heure où les postulants dévoilent le chiffrage des mesures phares de leur programme, parfois au milliard près, ils semblent faire montre de moins de clairvoyance sur les conséquences des refontes annoncées de notre système de retraite.

L’esprit de cette analyse est de dresser à grands traits, les différentes voies de réforme envisagées sans nécessairement les rattacher à un candidat et d’en analyser succinctement les conséquences.

Nous avons recensé quatre typologies d’offre en matière de réforme : les défenseurs du « statu quo », les partisans de la retraire à 60 ans, les tenants du relèvement à 65 ans de l’âge légal de départ et enfin les adeptes d’une refondation du régime par répartition sur la base de « comptes notionnels ».

 

Les défenseurs du « statu quo »

L’examen des avantages et des limites des réformes proposées montre que les partisans du statu quo en matière de réforme ont des arguments à faire valoir en cas d’un regain de croissance économique et d’un assainissement net du marché du travail.

La conjonction des deux conditions assurerait, en effet, l’équilibre financier des régimes par répartition à long terme. Les simulations soulignent cependant la relative fragilité du scénario de résorption des déficits planifié par la réforme de 2013 dans l’hypothèse où la croissance serait durablement atone

 

La retraite à 60 ans

Pour la première fois dans notre histoire, grâce à l’allongement de la durée de vie, quatre générations de français vont coexister et trois d’entre elles vont vivre aux dépens de la dernière. Du fait de l’augmentation continue de la durée moyenne des études supérieures, l’hypothèse d’un retour de l’âge de la retraite à 60 ans concourrait à la diminution du poids de la population active dans la population totale. Cette logique se traduirait mécaniquement par une hausse du déficit des régimes des salariés du secteur privé estimée, selon les scénarios, entre 35 et 105 milliards d’euros constants en 2050.

 

La retraite à 65 ans

Certains candidats ont inscrit dans leur programme un relèvement à 65 ans de l’âge légal de départ à la retraite. L’idée est d’augmenter la durée de cotisation en fonction de l’espérance de vie afin de stabiliser le ratio période d’activité / période de retraite. La mesure assurerait l’équilibre financier des régimes et permettrait l’augmentation du niveau des petites retraites.

Toutefois, dans les programmes qui préconisent cette réforme, la transition d’un âge légal de 62 à 65 ans serait effective en fin du mandat, soit en 2022. Un tel rythme de transition ne semble pas en phase avec la réalité du marché du travail. En effet, avec un taux d’emploi des 60-64 ans proche de 27% et de 7% pour les 65-69 ans, le rythme envisagé se traduirait très probablement à court terme par une augmentation substantielle du chômage qui toucherait notamment les actifs les moins qualifiés.

 

La refondation du régime par répartition sur la base de « comptes notionnels »

Dans un régime en comptes notionnels, chaque assuré est titulaire d’un compte individuel sur lequel sont enregistrés ses droits à la retraite. Ce système est calqué sur un système par capitalisation, mais le capital est toutefois « virtuel » car le régime fonctionne en répartition. Le montant de la pension liquidée dépend du capital virtuel accumulé qui est converti en rente en fonction de l’âge effectif de départ à la retraite et de l’espérance de vie à cet âge.

Dans ce type de réforme systémique, le rythme de la transition vers un régime de retraite en « comptes notionnels » est une question clé.

Une transition immédiate peut se heurter à la question du calcul dans le nouveau régime des droits acquis dans l’ancien. C’est notamment le cas dans les régimes dont les retraites sont calculées sur les derniers mois de traitement, qui logiquement ne conservent par l’historique des carrières passées des cotisants.

Une transition progressive, permet de contourner la question du recalcul des droits entre les régimes, mais la transition est alors longue et la gestion de plusieurs systèmes de retraite en parallèle peut être relativement coûteuse et complexe.

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